Inspirations et réflexions qui invitent à faire des pas de côté.

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(c) François Boissel 13/10/2026 Caen

Robustesse ou performance ? Repenser l’entreprise et nos territoires avec le vivant

Retour sur un échange entre Olivier Hamant et Jean-Pierre Goux le 13 octobre 2026 au Moho à Caen à l'invitation de la CEC (Convention des Entreprises pour le climat).

Il y a des rencontres dont la densité impose un temps de réflexion avant de partager son ressenti. Cet échange entre le biologiste Olivier Hamant et le mathématicien et écrivain Jean-Pierre Goux est de ceux-là. Face au foisonnement des idées déployées, il m’était indispensable de me poser par écrit pour en extraire la substance, saisir ce qui a résonné au plus profond de moi et expliciter la manière dont ces réflexions irriguent mes préoccupations actuelles.

Ayant déjà eu l’occasion d’écouter Olivier Hamant en conférence, j’avais été immédiatement conquis par sa grille de lecture opposant l’impasse de l’hyper-performance à l’intelligence de la robustesse. C’est précisément cette boussole que je m’efforce de transmettre aux étudiantes et étudiants du Master Management et Administration des Entreprises de l'IAE Caen à Caen ainsi qu’à Sciences Po Rennes - Caen : prendre conscience de la fluctualité du monde dans lequel nous vivons et que la stabilité que nous avons connu est révolue, il est nécessaire aujourd’hui d'être capable d’absorber les chocs en misant sur l’hétérogénéité, les marges de manœuvre et la coopération. ETRE ROBUSTE

Cette soirée a également résonné avec mon engagement auprès de Thomas Charrier dans le cadre de l’Appel à Communs Numériques soutenu par l’ADEME , où nous explorons cette impérieuse nécessité de « faire commun » : le magasin SCOPE. Ça entre également en résonance forte avec mon investissement au sein du Collectif pour une Sécurité sociale de l'alimentation et, enfin prolonge ma démarche de mise en récit au service du territoire normand, qu’il s’agisse de valoriser les trajectoires de nos producteurs et artisans du changement, ou enfin de retracer les quinze années d'action de NORMANDIE EQUITABLE pour porter un regard documentaire et j'espère réflexif sur l'économie sociale et solidaire régionale à travers l'histoire de ce réseau.

Vous l'avez compris, cette soirée est entré en écho (en résonance devrais-je dire) avec tout ce qui me touche et m'interroge depuis des années.

Olivier Hamant et Jean-Pierre Goux

Mais revenons à cette rencontre : pour rendre compte de la richesse de ce dialogue, je suivrai le déroulé mené par Sophie Boutrois (Viva Voce Coaching) pour la CEC Territoire Normandie et César DE GOUVILLE pour le MoHo.

Du point critique à l’œuvre commune

En ouvrant les échanges, Sophie Boutrois a posé le décor d'une actualité saturée de secousses : blocages lycéens, flambée des carburants, tensions géopolitiques autour du détroit d’Ormuz ou répercussions de la politique de Donald Trump. Nous quittons définitivement les rivages du monde stable pour entrer dans un univers de fluctuations permanentes, où les organisations économiques perdent leurs repères traditionnels.

Face à ce constat, Olivier Hamant a immédiatement pointé - avec justesse et une pointe d'ironie qui le caractérise - la vulnérabilité intrinsèque de nos modèles :

« Tout ça, c'est du sur-optimisé qui est en train de craquer. »

Pour lui, dans un monde imprévisible, fixer son cap sur la moyenne relève de l'illusion mathématique ; c'est sur la variation et les écarts-types qu'il faut désormais construire. Il convoque alors l'image de la jazzwoman ou du jazzman en pleine improvisation :

« Si le voisin nous fait un do bécarre alors que ça devait être un si bémol, on ne va pas gérer le risque, l'écart va nourrir l'intention. On va construire sur la fluctuation. »

C'est là que réside ce fameux cap de sérénité qu’il définit comme « une sécurité qui n'a pas besoin de contrôle ».

Cette approche vient féconder et déplacer les réflexions stimulantes portées récemment autour des travaux de Pablo Servigne. Si ce dernier lors d'une conférence à Hérouville Saint Clair récemment a mis en exergue l’entraide et la coopération comme des nécessités vitales d'après-crise, Olivier Hamant apporte une distinction conceptuelle majeure : la crise ne doit pas être appréhendée comme une simple catastrophe à panser, mais comme une ouverture radicale des possibles.

Empruntant à la thermodynamique, il préfère parler de « point critique » : cet état singulier où la matière hésite, où l'eau peut devenir liquide ou vapeur, à l'image du randonneur parvenu au sommet d'une montagne face à une infinité de sentiers de descente. Le point critique représente l'espace de liberté maximale. C’est tout le sens de l'injonction de Bruno Latour qu'Olivier Hamant nous rappelle : « Ne gâchez pas les crises ! ».

C’est pourquoi pour lui les mobilisations de la jeunesse ne doivent pas être lues comme de simples soubresauts désordonnés :

« La colère, c’est du désir. Quand on est en colère, c’est qu’on tient à quelque chose. »

Cette colère s'explique notamment par la rupture brutale d'un pacte social vieux d'un siècle (qui promettait un métier, un rôle, une retraite immuable) aujourd'hui balayé par les polycrises et qui explique aisément les peurs de notre jeunesse (mais pas seulement).

Dès lors, il faut redéfinir un nouveau pacte social et commencer par se poser des questions essentielles : quelle est l'œuvre commune à bâtir ? Quel monde voulons-nous voir advenir ? C'est e premier pas vers la coopération pris dans son sens étymologique « faire œuvre commune »

Ensuite, pour éviter l'épuisement face au cœur dur d’un système néolibéral nihiliste, Olivier Hamant et Jean-Pierre Goux préconisent la stratégie des minorités actives et le contournement par le jeu de go : tisser des alliances latérales pour ringardiser l'ancien modèle et le laisser se nécroser de l'intérieur. Rappelons ici le vol des étourneaux, c'est la marge qui est à la manœuvre, pas le centre ! Et comme disait Godard, c'est la marge qui tient la page (¡Viva el cinema! dirait Thomas Croisière).

Jean-Pierre Goux fait ici le pont avec la physique statistique et la théorie de la percolation qui ne peut pas exister sans une structure sous-jacente : le maillage, ainsi au sein d'un réseau, dès lors que l’on franchit un certain seuil critique de maillage, une nouvelle dynamique devient dominante sans avoir besoin de convaincre préalablement 50 % des individus.

Ce constat fait directement écho à la vision que je défends à travers mon projet l’Archipel Normand : notre rôle n'est pas d'attendre un basculement centralisé, mais d'opérer ce maillage territorial patient et serré entre producteurs, artisans, associations et collectifs, afin d'atteindre ce seuil de percolation où la coopération locale devient la norme évidente. On peut échanger quand vous voulez sur ce projet en cours ;-)

Clément marche aux côté d'Olivier Hamant et Jean-Pierre Goux

L’intelligence artificielle froide face aux corps chauds

Le deuxième thème abordée lors de cette discussion a permis de nous confronter à une analyse de l'intelligence artificielle et nous a offert un moment de grande lucidité critique. Jean-Pierre Goux a exposé avec émotion le séisme qui frappe sa propre discipline, les mathématiques. Des conjectures historiques qui occupaient des vies entières de chercheurs ont été « ratissées au bulldozer » en quelques jours par des modèles génératifs. Il a notamment partagé le désarroi profond du Français Hugo Duminil-Copin (médaille Fields 2022). Après avoir lancé un appel public le 30 août invitant les concepteurs d'IA à ne pas « détruire les phares » que constituent les grands défis mathématiques, Hugo Duminil-Copin a vu Anthropic résoudre trois jours plus tard la conjecture majeure sur laquelle il travaillait sans relâche depuis neuf ans, avant que ses quinze autres problèmes de référence liées à ses recherches ne soient balayés la semaine suivante, le poussant à confier ses larmes dans les colonnes du Monde.

Face à cette démonstration de force brute, la sentence d’Olivier Hamant claque avec une formidable justesse :

« Le calcul est froid. Notre futur, c’est notre corps. »

Citant Gérard Berry (informaticien et professeur au Collège de France, médaille d’or 2014 du CNRS) pour qui « l'ordinateur est complètement con » parce qu'il est dépourvu de corps, Olivier Hamant rappelle que la pensée humaine est indissociable de la chair, de la fatigue, de l'hésitation et de l'émotion. C'est tout le concept de résonance développé par le sociologue Hartmut Rosa qui est ici convoqué : nous n'habitons le monde que par la vibration sensible de notre organisme en relation avec son milieu. C'est ce qui justifie son appel, dans le sillage de Michel Serres, à retrouver une véritable « prise de Terre » (avec un grand T).

Passer de « l'international » au « mondial », c'est cesser de voir la nature comme un objet d'exploitation ou de charité descendante pour coopérer d'égal à égal avec elle, dans une relation biologique assumée. Dès lors, une interrogation fondamentale s'impose : l'IA actuelle est une prouesse d'innovation, mais constitue-t-elle un progrès si elle ne fait qu'intensifier la cadence de travail et fragiliser nos métiers — et bien entendu contribuer à consommer dangereusement nos ressources, fragiliser les écosystèmes et dégrader l'habitabilité de la Terre ? Clément Marche (cofondateur de Nuageo et FluctuIT), invité à venir témoigner a très justement rappelé les limites physiques de ce mirage, incarnées par l'hyper-dépendance mondiale au fabricant de puces taïwanais TSMC, gouffre en eau douce et nœud de tensions géopolitiques extrêmes.

La question qui me taraude : Pouvons-nous envisager ce point critique technologique pour faire exactement l'inverse : utiliser la machine froide pour libérer le corps chaud, réduire le temps de travail contraint, sortir du productivisme et dégager le temps nécessaire pour s'alimenter dignement, prendre soin de ses proches et cultiver l'entraide ?

Sur le plan des imaginaires, Jean-Pierre Goux a dénoncé le pillage prédateur de communs numériques ouverts comme GitHub par des géants du numérique. En contrepoint, il porte le projet d'une IA omnisciente comme un commun de l'humanité, décentralisée, régie par une stricte sobriété de design et d'usage, gouverner collectivement et mise au service exclusif de la biosphère. (hâte d'en savoir plus)

Il tire cette inspiration du roman Terre et Fondation d’Isaac Asimov, où les habitants de la planète Gaïa s'expriment à travers la formule fondatrice « Je, Nous, Gaïa ». Ce triptyque impose à chaque décision de peser simultanément l'intérêt de l'individu, celui du collectif humain et l'intégrité de la Terre vivante. Voilà qui donne envie de se (re)plonger dans cet auteur de référence de la SF et de découvrir ce roman pour ma part.

Dans l'immédiat, l'urgence reste d'arrimer l'usage du numérique à ce que Olivier Hamant nomme les « ripostes créatives territoriales » : des outils sobres dont la seule finalité est de faciliter le contact physique et l'action commune au cœur des territoires. (Suivez à ce sujet les réflexions du groupe sur le numérique responsable et les communs numériques, commentez si vous voulez en savoir plus. Cc Kevin GUERIN 🍀

Du projet acceptable au projet accueilli

La grande question de la gouvernance a été posée et abordant les questions d'aménagement de l'espace, Olivier Hamant a formulé une rupture méthodologique essentielle :

« La bascule de la performance à la robustesse, c'est basculer du projet acceptable au projet accueilli. »

Le projet acceptable est une défaite de la démocratie : chercher « l'acceptabilité », c'est tenter de faire passer en force une décision verticale par un vernis cosmétique (lire Pour en finir avec la démocratie participative de Manon Loisel et Nicolas Rio ). À l'inverse, le projet accueilli est un projet désiré, attendu, co-construit dès l'origine par une démarche participative rigoureuse.

Cette démarche est au cœur de ma pratique quotidienne, que ce soit au sein du Pôle Territorial de Coopération Économique (PTCE) sur le territoire de Caen la mer ou dans les accompagnements menés avec mon humble entreprise Le Pas de côté. Elle demande d'élargir la gouvernance aux usagers et d'aller jusqu'à représenter la voix des non-humains dans nos cercles de décision, à l'image des démarches urbanistiques d'îlots de fraîcheur ou des villes éponges évoquées lors de la soirée.

Mais pour qu'un projet soit accueilli et porté, encore faut-il que l'ensemble du corps social (entreprises, citoyens, associations...) dispose de disponibilités. Olivier Hamant a cité un projet très enthousiasmant menée dans le pays de Lorient autour des « vendredis du territoire » dont je n'ai pas trouvé trace. Cela dit, une initiative de ce type permettrait d'organiser la semaine sur quatre jours de travail et rémunéré cinq, le cinquième étant intégralement dédié au service des communs et de la collectivité (chantiers agricoles, entraide, préservation paysagère).

Ce dispositif invite à un basculement radical de paradigme, évoquer dans le roman Paresse pour tous d’Hadrien Klent issu des réflexions due l'essai Le Droit à la paresse de Paul Lafargue. Aujourd’hui, nous passons - pour une grande partie de la population - sept à huit heures par jour au service d'une machine économique abstraite, ne consacrant aux communs et à la vie citoyenne que des miettes de temps résiduelles et épuisées. L’horizon de journées de trois heures de travail contraint permettrait précisément d'inverser cette hiérarchie : redonner la majeure partie de son temps à la fabrique du lien, au soin du territoire et à la vie démocratique. Mon rêve et mon horizon de vie que j'essaie encore trop difficilement d’appliquer à mon quotidien. Le temps passé sur ce compte rendu (plus de 7h) fait selon moi partie de ma contribution aux communs par le partage de réflexions.

Et enfin très concrètement : comment espérer cuisiner sainement pour soi, sa famille et la planète lorsque les cadences productivistes dévorent nos journées ? La question du temps libéré est le préalable absolu à toute réappropriation de notre subsistance aussi bien alimentaire qu’intellectuelle.

Le repas : le temps sacré consacré au vivant

Nous avons naturellement poursuivi la discussion avec la thématique de l'alimentation qui constitue le point de contact le plus intime entre notre corps et la Terre. Comme l’a rappelé Olivier Hamant avec force :

« Le repas, c'est le dernier moment animiste qui nous reste. C'est le moment où on met le vivant au milieu de la table et on le célèbre. Et en plus on a un rituel, c'est qu'on l'ingurgite et qu'il nous constitue. »

Pourtant, notre modèle agro-industriel marche sur la tête : Près d'un tiers à 40 % de la production alimentaire mondiale n'atteint jamais un estomac humain, pendant que les volumes restants génèrent davantage de pathologies liées à la malbouffe que de personnes correctement nourries. Le problème n'est pas quantitatif, il est affaire de distribution et de circuits courts. Il faut réduire la production et organiser la distribution.

L'agroécologie progresse, certes trop lentement face à l'ampleur des dégradations, mais elle prouve partout sa robustesse. Le profil des nouveaux installés — souvent des femmes d'environ 37 ans issues de reconversions — démontre notamment que l'avenir agricole repose sur la diversification : polyculture, élevage doux, meunerie, transformation et vente locale en coopérative a rappelé Olivier Hamant.

Cette réconciliation avec la matière vivante passe par une rééducation du regard. Jean-Pierre Goux a cité le philosophe Patrick Viveret qui invite à « honorer le fait d’exister » chaque matin, en prenant conscience de ces 30 000 milliards de cellules et de ce microbiote symbiotique qui coopèrent en nous pour nous maintenir en vie. Ce geste intérieur rejoint la consigne du Petit Prince de Saint-Exupéry rappelée par Jean-Pierre Goux : faire sa toilette intime, la toilette de ses liens humains (« se dire pardon, se dire je t'aime »), avant d'entreprendre celle de la planète.

Il a rappelé avec émotion que cette incarnation trouvait un visage lumineux dans le souvenir de Marc de la Ménardière, récemment disparu, qui après avoir co-réalisé le film documentaire En quête de sens, avait choisi de faire corps avec la terre au sein de sa ferme et lieu de transmission de La Kambrousse.

Elle s'incarne aussi magnifiquement sur notre sol normand à travers l'exemple d' Arnaud Crétot et de sa boulangerie solaire à Rouen Neo LOCO. En choisissant de caler sa production sur les fluctuations de l’ensoleillement plutôt que d'exiger une disponibilité énergétique constante et artificielle, Arnaud prouve la viabilité économique d'un modèle (TELED) qui réapprend à vivre au rythme de la nature et notamment de l’ensoleillement. C’est une illustration magistrale d'approche systémique et de robustesse que je prends toujours plaisir à partager avec mes étudiants.

Anne Thierry et Agathe Compoint du CHU De Rouen  aux côté d'Olivier Hamant et Jean-Pierre Goux

La santé commune

Le dialogue s’est enrichi des interventions d'Anne Thierry et Agathe Compoint à la tête de la transition écologique au CHU de Rouen engagées dans la convention avec la CEC Normandie, autour de la notion de santé commune.

Olivier Hamant a rappelé la hiérarchie indépassable de ce concept, qui dépasse les ambiguïtés du cadre « One Health » :

Santé des milieux naturels > Santé sociale> Santé humaine

En résumé , il n'y a pas de santé humaine sans un tissu social protecteur, et aucune santé sociale n'est viable au sein d'écosystèmes dégradés.

Le milieu hospitalier concentre aujourd’hui toutes les dérives du dogme gestionnaire : sommé d'être en permanence « performant », fonctionnant à flux tendus sous le couperet de la tarification à l'acte, il se retrouve en état de crise perpétuelle, asphyxiant ses personnels soignants. Le travail engagé par le CHU de Rouen, notamment avec Arnaud Crétot dans le cadre de la CEC sur l'adaptation aux variabilités, amorce un virage vertigineux : passer d’un modèle curatif à un modèle préventif.

La révolution économique consiste ici à ne plus valoriser la multiplication d'actes médicaux lourds et polluants, mais à rémunérer la capacité d'une organisation à éviter la maladie et à réduire le recours aux soins.

Comme le souligne Olivier Hamant, un corps sain n'est jamais en hyper-performance permanente. Il ne performe qu'en situation d'urgence aiguë - lorsqu'il mobilise ses défenses et monte en température pour combattre une infection - état de crise qui ne peut durer sans risquer la mort. Le reste du temps, il est économe, redondant et robuste. Il en va de même pour nos organisations : c'est la robustesse du quotidien et la force de la santé préventive qui permettent, le jour venu, d'assurer un pic de très haute performance (comme un geste chirurgical de haute précision), mis au service exclusif du bien commun et non de la rentabilité financière.

Sophie Boutrois remercie les invités.

Et pour conclure :

Je tiens à saluer chaleureusement la Convention des Entreprises pour le Climat Normandie pour avoir suscité cet échange d'une rare hauteur de vue. Faire entendre ce discours résolument disruptif auprès des décideurs économiques territoriaux est une mission salutaire. Celles et ceux dont les modèles d’affaires bousculent ou pulvérisent les équilibres écologiques doivent être lucidement accompagnés, recadrés et transformés. Cc Philippe Nantermoz

Cette bifurcation trouve son expression théorique parfaite dans la théorie du Donut modélisée par Kate Raworth : l'humanité ne peut prospérer que dans un espace sûr et juste, délimité en son sommet par le respect des plafonds écologiques planétaires, et à sa base par la préservation d'un plancher social fondamental

Durabilité (ou soutenabilté) faible et forte

Tout comme la durabilité ne peut être que forte (robuste?) et non pas comme nous le voyons souvent faible. voir ci-dessus.

L'économie est au service du social qui lui même ne doit pas corrompre les limites planétaires.

Si nos sociétés occidentales se croient protégées du basculement sous ce plancher social, la réalité du terrain vient balayer ces certitudes. Au fil de mes rencontres avec les acteurs de notre région - et tout particulièrement celles et ceux qui cultivent nos terres et nous nourrissent - je constate qu'un nombre croissant d'artisans, d'agriculteurs et de petits entrepreneurs ne vivent plus de leur labeur : ils survivent.

Ces reculs sociaux et ces précarités quotidiennes se lisent aujourd'hui en lettres capitales sur les banderoles des lycéens, des étudiants et des salariés en grève, rejoints par des gérants de petites structures broyées par les charges, les monopoles et les inégalités face à l'impôt. Pendant que les richesses matérielles continuent d'être accaparées par les acteurs les plus prospères et prédateurs de la planète, le socle de notre société se fissure.

C’est précisément là que l’alliance entre la robustesse biologique, le temps libéré et la réappropriation des communs prend tout son sens. En guise d'épilogue à cette rencontre, Jean-Pierre Goux a demandé à Olivier Hamant quelle était aujourd'hui sa plus grande source d'espoir. La réponse d'Hamant éclaire l'horizon : il a pointé l'énergie des jeunes générations à travers une intuition fulgurante :

« Il y a de l'envie, et l'envie c'est être EN VIE. »

Ce jeu de mots résume notre défi contemporain. Avoir de l'envie, c'est affirmer que nous sommes viscéralement en vie. Tant qu'il y a du désir, de l'élan, de la colère face aux injustices, le vivant circule et refuse l'anesthésie.

Tout comme cette formule citée en guise de conclusion :

« La question n'est pas quelle planète laisserons-nous à nos enfants c'est quels enfants laisserons-nous à la planète ? »

En Normandie, face à la tentation du repli ou du cynisme technologique, nous avons la responsabilité et les moyens de mailler nos forces. Faire archipel, relier les îlots d’expérimentation, redonner du temps aux solidarités réelles : c'est par cette trame vivante et territoriale que nous rendrons la bifurcation non seulement tenable, mais profondément désirable.

Et enfin, j'adresse un chaleureux clin d'œil et admiratif à Francois Boissel pour son remarquable travail de facilitation graphique réalisé en direct lors de cette soirée. Avec son accord complice, je partage ici son rendu visuel, qui a su capter avec finesse et talent toute la sève de cet échange.

François Boissel présente sa facilitation graphique

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Pourquoi l'entraide territoriale ne peut pas attendre la catastrophe.

J'ai assisté à la conférence de Pablo Servigne ce mercredi 23 septembre à Hérouville Saint Clair à l'invitation de la Maif. Voilà ce que j'en ai retenu.

Face aux crises écologiques, économiques et sociales qui s'accumulent, un constat s'impose à ceux qui s'engagent pour la redirection écologique (j'en fais partie) : la compétition ne nous sauvera pas. Lors de cette conférence, Pablo Servigne a méthodiquement démonté le dogme libéral de la « loi de la jungle ». Héritée de Thomas Hobbes et des déformations victoriennes de Darwin, cette fable affirme que la nature est une arène sanguinaire où seuls les plus agressifs survivent, justifiant ainsi une société de marché hyper-compétitive.

Or, la biologie contemporaine et l'histoire du vivant prouvent l'inverse. De Pierre Kropotkine aux recherches actuelles sur le mutualisme et les symbioses, la coopération est le principe premier de la résilience biologique. L'être humain est une espèce ultra-sociale, façonnée par l'empathie et la réciprocité. Il nous revient, à nous qui portons la transition, d'écrire un nouveau récit qui réancre cette vérité fondamentale.

J'approuve totalement son analyse pourtant, une fois ce mythe déconstruit, un mur d'inertie se dresse devant nous : celui du quotidien et des logiques territoriales.

On est trop riche ?

Pourquoi peinons-nous tant à coopérer au quotidien alors que nous y sommes biologiquement prédisposés ? Pablo Servigne rappelle que la notion d'« esclaves énergétiques », popularisée en France par Jean-Marc Jancovici notamment dans son texte percutant Combien suis-je un esclavagiste ?

L'histoire de ce concept est éclairante : forgée en 1940 par l'architecte et inventeur américain Richard Buckminster Fuller, l'idée avait déjà été pressentie dès 1891 par Oscar Wilde dans L'Âme humaine sous le régime socialiste, lorsqu'il comparait la machine à vapeur à un esclave moderne devant libérer les humains des tâches serviles. Mais en déléguant notre survie à des machines alimentées aux énergies fossiles - l'équivalent de plusieurs centaines d'esclaves virtuels au service de chaque Européen - nous avons acquis le luxe pernicieux d'ignorer nos voisins.

L'abondance énergétique et matérielle (Scoop : nous sommes très riches dans nos sociétés) anesthésie la nécessité vitale de l'entraide. Elle brise la réciprocité, crée l'illusion de l'autosuffisance et laisse le champ libre aux comportements égoïstes, aux hiérarchies pyramidales et à la compétition institutionnalisée.

Là ou je vis en Normandie, ce paradoxe frappe de plein fouet. Nous vivons sur un territoire riche, préservé d'une partie des chocs immédiats, et précisément pour cette raison, peu enclin à la coopération. Quand l'abondance masque les fragilités systémiques, l'urgence de faire réseau s'évapore au profit des prés carrés et des corporatismes. La prise de conscience récente que le risque de submersion allait arriver notamment sur la presqu'île de Caen n'a pas eu le résultat escompté, le risque étant trop loin et surtout pas assez partagé avec la population. Cela a eu pour effet de circonscrire cette prise de conscience à un petit cercle qui pensent pouvoir le gérer lui-même.

L'expérience de la Bulle

Cette difficulté à faire corps, je la vis directement sur le terrain. En cofondant un Pôle Territorial de Coopération Économique (PTCE) à Caen la mer, l'ambition était simple : faire coopérer les acteurs de l'Économie Sociale et Solidaire (ESS), les entreprises engagées, les citoyens et les collectivités pour faire émerger des solutions locales et pérennes aux crises qui s'annoncent.

Le résultat est un combat d'usure permanent. Les acteurs de terrain restent trop souvent frileux, repliés sur leurs structures respectives. Mais le blocage majeur vient des collectivités publiques.

Je fais un détour par Pablo Servigne pour expliquer ce que je ressens. Il mobilise le concept biologique de membrane : pour qu'un groupe coopère, il doit se sentir protégé par une enveloppe commune (une membrane) reposant sur trois piliers :

  1. Le sentiment de sécurité
  2. Le sentiment d'équité et de justice
  3. La confiance mutuelle

Nos institutions locales évitent systématiquement ces trois piliers. En maintenant des logiques d'appels à projets fragmentés, les collectivités gardent la main sur les sujets sensibles et dressent les structures les unes contre les autres, au lieu de sécuriser des coopérations durables. Coopérations qui commencent dès la définition des objectifs communs à résoudre ensemble. En travaillant en silos étanches et en cherchant à piloter l'ensemble des initiatives d'en haut, elles refusent de partager la réflexion et donc imaginer des solutions plus durables, plus robustes et plus créatives.

En outre, il règne une confusion démocratique profonde entre le bien public et le bien commun. Nos représentants estiment que le mandat électoral leur confère le monopole exclusif du bien public, reléguant le bien commun au rang d'accessoire citoyen et associatif. Selon cette logique verticale, le vote dispenserait de la co-construction : on informe les citoyens et les forces vives, mais on ne les associe jamais réellement aux décisions. Sans participation authentique, sans réciprocité indirecte (expression empruntée à Pablo Servigne), la confiance s'effondre. La membrane territoriale n'est plus un espace sécurisant et perméable ; elle devient une forteresse bureaucratique opaque. Force est de constater que j'ai échoué jusqu'à maintenant à créer cette membrane de commun.

C'est quand qu'on va où ?

Pour revenir à Pablo Servigne et à du positif, parlons de son réseau des tempêtes, les travaux récents menés sur les catastrophes apportent une lueur d'espoir : partout sur Terre, face aux séismes, aux inondations ou aux guerres, les populations s'auto-organisent spontanément dans le calme et l'entraide bien avant l'arrivée des secours institutionnels. L'adversité extrême réveille l'élan prosocial, l'entraide et la solidarité nous semblent alors naturelles.

Mais pouvons-nous sérieusement nous satisfaire de cette perspective ? Devons-nous attendre l'effondrement de nos digues ou la rupture de nos approvisionnements pour apprendre à travailler ensemble ?

La proposition de Servigne de s'en remettre aux communautés affinitaires et à la « voisinauté » montre des limites. Dans un territoire non dévasté comme le nôtre, ces liens sont trop faibles, trop dispersés et impuissants face à la polarisation sociale grandissante. Croire que la crise créera miraculeusement un modèle de société désirable relève du vœu pieux si le terreau démocratique n'est pas labouré en amont. Arriver dans les pénuries et les crises avec une culture de la méfiance et des institutions fermées est une bombe à retardement. Pablo Servigne évoque cette nécessité mais ne donne aucune piste pour y arriver, c'est là que je suis resté sur ma faim lors de cette soirée.

Faisons ensemble ! Appel à l'union et à la coopération !

Nous n'avons pas le temps d'attendre l'effondrement pour faire communauté. C'est ici, maintenant et à froid que la résilience s'anticipe. Cette responsabilité ne repose pas uniquement sur les épaules des pouvoirs publics : elle exige un sursaut de l'ensemble du corps social sinon c'est le fameux triangle de l'inaction. J'en appelle donc :

  • Aux élu.es et agent.es des collectivités locales : abandonnez les appels à projets qui divisent les acteurs locaux. Quittez la posture du gestionnaire qui prétend tout régenter depuis son bureau pour devenir les facilitateurs d'un écosystème partagé. Partagez la table, acceptez de perdre une part de contrôle et intégrez réellement les parties prenantes aux décisions structurantes.
  • Aux entreprises et structures de l'ESS : dépassez les logiques de chapelle, les réflexes corporatistes et la course solitaire à la rentabilité immédiate. Faire territoire suppose d'investir du temps, de l'énergie et des compétences dans des dynamiques collectives où le retour sur investissement est d'abord humain, écologique et partagé.
  • Aux associations et aux citoyen.nes : venez vous emparer de ces espaces. Rendre du temps disponible est un défi considérable dans des quotidiens déjà saturés, et affronter la diversité des opinions demande du courage. Mais l'entraide n'est pas un réflexe magique qui apparaîtra par enchantement le jour de la tempête : c'est un muscle démocratique qui s'entraîne dès maintenant, dans la complexité du réel.

Un PTCE, ou tout autre espace de coopération territoriale, n'est pas un prestataire de services : c'est un laboratoire vivant du bien commun, un bouclier indispensable face aux chocs qui s'annoncent.

Construire des liens denses et inconditionnels ne se décrète pas au milieu des décombres. Élu.es, chef.fes d'entreprise, responsables associatifs, habitant.es : si nous refusons de jouer collectif et d'enclencher cette culture de l'entraide aujourd'hui, nous porterons ensemble l'entière responsabilité de notre vulnérabilité de demain.

Romuald Poretti, réflexions du mardi 29 septembre 2026

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Quel avenir pour notre agriculture ? L’envers du décor de nos assiettes locales

Je m'interroge. À travers mon podcast On n'est pas bien là ?!, j'ai la chance de donner la parole à de nombreuses et nombreux acteurs du changement. Des producteurs, des artisans et des commerçants m'ouvrent leurs portes et me prouvent au quotidien que l'avenir est déjà là. Ils œuvrent depuis des années, dans des conditions souvent extrêmement difficiles, pour proposer un autre modèle de consommation : en circuits courts, en bio, avec des produits d'une qualité exceptionnelle.

Pourtant, en tant que simple citoyen observant le terrain, je suis révolté. Je n'ai pas une posture de chercheur qui affirme des vérités absolues, mais les faits et les études sont là, accablants, et je ressens l'urgence de vous interpeller sur nos choix de société. J’ai conscience que mes maigres observations sont sans doute contestables (naïves pour certains) mais j’espère faire réagir justement pour m’aider à préciser des points. Ma question reste sans réponses et vos réflexions sont les bienvenues : Que voulons-nous faire de notre agriculture et de notre système agricole en France ? Comment pouvons-nous laisser celles et ceux qui nous nourrissent de la meilleure façon possible dans une telle précarité, sans aucune reconnaissance de la quantité de travail et des immenses sacrifices qu'ils fournissent ?

Une précarité inacceptable derrière des légumes parfaits

La réalité financière de nos maraîchers et producteurs indépendants est d'une violence rare. Il est indispensable de prendre le temps de détailler leurs conditions de vie, largement documentées par divers organismes scientifiques :

  • Selon les données de l'INSEE (Institut national de la statistique), les 10 % des maraîchers les plus précaires du secteur "Légumes, fleurs, plantes" vivent officiellement avec seulement 490 € par mois.
  • Un chef d'exploitation sur cinq (20,6 %) termine même son année comptable avec un revenu nul ou déficitaire.
  • Une étude majeure de l'INRAE (Institut de recherche public dédié à l'agriculture) portant sur les fermes maraîchères en AMAP (Association pour le maintien d'une agriculture paysanne) évalue le revenu moyen autour de 14 000 € par an (environ 1 160 € par mois), tout en soulignant l'existence de bilans négatifs liés au remboursement de lourds emprunts de départ.
  • Cette précarité s'inscrit dans la durée, puisque la Fédération Nationale d’Agriculture Biologique (FNAB) constate qu'une ferme diversifiée met en moyenne 4 à 5 ans avant de se stabiliser économiquement.
  • Une enquête de l'ONG Max Havelaar France révèle qu'à l'échelle nationale, 43 % des agriculteurs français peinent à dégager un revenu équivalent au SMIC.
  • Ces revenus dérisoires sont obtenus au prix d'une charge de travail colossale, dépassant souvent les 50 à 60 heures par semaine en haute saison pour assurer le désherbage manuel, la récolte de légumes diversifiés et la vente directe.

Les incohérences d'un système qui marche sur la tête

Comment justifier une telle situation ? En me plongeant dans la documentation et les combats portés par des syndicats comme la Confédération paysanne, je découvre un système administratif et politique rempli de dérives, totalement inadapté aux microfermes vertueuses.

Le système est truffé de pièges économiques :

  • L'embauche d'un ouvrier au SMIC représente un coût d'environ 1 800 € à 2 000 € par mois pour l'exploitation.
  • En maraîchage manuel et diversifié, la productivité de ce salarié ne génère souvent pas assez de chiffre d'affaires additionnel pour couvrir son propre coût.
  • Par conséquent, le maraîcher, légalement obligé de payer son employé, devient la variable d'ajustement et sacrifie son propre salaire (tombant parfois à 0 €) pour maintenir l'emploi.

L'absurdité frappe aussi le calcul des aides sociales, notamment celles gérées par la Mutualité Sociale Agricole (MSA), l'équivalent de la Sécurité sociale pour les agriculteurs :

  • Il existe un manque d'information flagrant des agriculteurs sur leurs droits, ce qui se traduit par un taux de non-recours massif de 40 % au RSA agricole (Revenu de Solidarité Active adapté aux exploitants).
  • Pour les producteurs indépendants soumis au régime fiscal du micro-BA (Bénéfice Agricole), l'administration applique un abattement forfaitaire de 87 % sur le chiffre d'affaires, un pourcentage censé représenter les charges de la ferme.
  • Cependant, lors des premières années d'installation, les charges réelles (serres, irrigation, plants) représentent fréquemment 95 % à 100 % du chiffre d'affaires.
  • L'État calcule ainsi un faux revenu théorique, ce qui vient diminuer ou supprimer les droits au RSA d'un maraîcher qui est pourtant en déficit comptable.
  • De plus, le RSA étant calculé sur l'ensemble des revenus du foyer, il suffit que le conjoint du maraîcher touche un simple SMIC à l'extérieur de la ferme pour que les aides soient coupées. Le producteur se retrouve sans aucun revenu propre malgré 60 heures de travail hebdomadaire.

L'injustice s'étend aux politiques publiques et à la gestion climatique :

  • Notre modèle agricole, dicté par la Politique Agricole Commune (PAC) européenne, privilégie historiquement la distribution des subventions à l'hectare, favorisant mécaniquement l'agro-industrie de grande surface.
  • L'Aide au Petit Maraîchage, censée compenser ce déséquilibre, n'offre qu'environ 1 585 € par hectare et par an, un montant dérisoire face à la réalité du terrain.
  • Plus incompréhensible encore, les institutions ont purement et simplement supprimé l'aide au maintien en agriculture biologique, laissant les fermes responsables matures sans filet de sécurité.
  • Enfin, face au dérèglement climatique, un producteur qui cultive 30 à 40 variétés différentes sur de petites parcelles pour préserver la biodiversité se retrouve dans l'impossibilité technique de souscrire un contrat d'assurance multirisque récolte adapté, contrairement aux grandes monocultures.

L'action individuelle ne suffit plus : mobilisons la force publique

Comment soutenir nos producteurs vertueux face à ces montagnes d'obstacles ? Quels sont nos leviers d'action ?

Rappelons-le avec force : l'action individuelle est essentielle. Faire le choix d'acheter en direct, d'aller au marché ou de s'inscrire en AMAP est un acte citoyen fort. Mais ce n'est pas suffisant. Les maraîchers ne peuvent pas répercuter indéfiniment l'explosion de leurs coûts de production sur le prix final des légumes, sous peine de perdre purement et simplement leurs clients. De plus, il y a encore de trop nombreuses personnes dans notre pays qui n'ont pas les moyens de bien se nourrir.

C'est précisément là que la force publique et les systèmes de solidarité doivent intervenir pour pallier les dérives d'un système à bout de souffle. L'alimentation saine ne peut reposer uniquement sur les épaules et le sacrifice financier de quelques paysans passionnés.

Je veux surtout interpeller aujourd'hui les décideurs, les acheteurs professionnels et les collectivités territoriales. Vous avez les moyens d'agir à grande échelle :

  • Intégrez l'agriculture locale dans la commande publique : Les crèches, les écoles, les collèges et les Ehpad doivent devenir des débouchés stables et rémunérateurs. Imposer des produits locaux et biologiques dans ces établissements préserve notre environnement tout en offrant un revenu juste aux producteurs.
  • Soutenez les infrastructures mutualisées : C'est aux collectivités de financer des conserveries territoriales ou des plateformes logistiques locales pour massifier l'offre et soulager les exploitants d'une charge logistique écrasante.

La solution ne peut être que collective et systémique. Il est temps que les élus prennent des décisions courageuses pour défendre réellement un modèle basé sur une agriculture saine, respectueuse de la nature et des êtres humains, plutôt qu'une agriculture soumise à des intérêts purement financiers. Nous devons être de plus en plus nombreuses et nombreux à ouvrir les yeux sur la situation de nos agriculteurs. Cet article est ma maigre contribution à cet éveil. Nos producteurs ont déjà construit l'avenir ; à nous, désormais, de leur donner les moyens d'y survivre dignement.

Merci d’être arrivé jusque là et n'hésitez pas à réagir.

Romuald Poretti

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